vendredi 12 juillet 2013

LES MOINES D'EN-CALCAT

Les moines d’En-Calcat en toute simplicité

De la famille des bénédictins de Subiaco-Mont-Cassin, où saint Benoît rédigea sa fameuse règle, la communauté d’En-Calcat tire une manière d’accueillir qui redonne confiance à de nombreux visiteurs 



12/7/13



Avec cet article
Au creux de la plaine de Dourgne. Au pied de la Montagne Noire. En un endroit de la Terre où l’agressivité du monde ne semble pas avoir cours. Soudain, au milieu d’une frondaison qui ressemble à un océan vert, s’imposent dans le paysage aux formes douces les lignes droites d’une construction de pierres surmontée d’une petite pyramide. 

Ce doit être le clocher du monastère d’En-Calcat. Venant de Toulouse, Revel, Sorèze, puis Dourgne, le visiteur, qui a laissé sur sa droite l’abbaye des bénédictines de Sainte-Scholastique, va trouver sur sa gauche, cette fois, celle où demeurent pour la vie quelque 60 bénédictins. Ils y furent autrefois plus de 100. Ils sont moins nombreux aujourd’hui. Pourtant, cette communauté vivante attire des jeunes depuis quelque temps, ce qui laisse espérer un vrai renouveau. Les moniales voisines, au nombre de 58, si elles n’étaient fraternelles, pourraient en nourrir une certaine jalousie, elles dont les religieuses âgées disparaissant peu à peu laissent vacantes leurs cellules.

Entraide mutuelle avec les moniales voisines

Jalouses, bien sûr, elles ne le sont pas. Les liens sont bien trop étroits entre les deux communautés pour que les sœurs en veuillent à leurs frères d’en face : chaque jour, un des moines ordonné prêtre vient célébrer dans leur église, et le père abbé d’En-Calcat, le F. David, leur assure régulièrement des commentaires sur la Règle de saint Benoît qu’ils ont en commun et sur l’Évangile : « Nous portons très profondément les joies et les peines de leur communauté », assure Sœur Marie-Sophie, sous-prieure, appuyée par Sœur Marie-Samuel, maîtresse des novices, et Sœur Odile-Benoît, économe. 

D’autres rencontres sont nécessaires pour assurer une entraide mutuelle entre homologues, tels les liturgistes, les infirmiers, les intendants de chaque abbaye. Par exemple, une sœur va donner des cours aux frères novices, une autre a aidé à la formation d’un frère organiste. Les échanges ne se comptent pas. Rien de formel à cela, bien que le père abbé ait droit de regard sur la communauté des religieuses. « Nous n’avons pourtant jamais senti le moindre contrôle pesant de la part des frères », attestent les trois sœurs qui apprécient d’ailleurs cette autonomie et le respect qui régit ces relations.

« l’Œuvre de Dourgne »

Le lien fondateur avec l’extérieur pour En-Calcat est donc bien là, fraternel, incontournable, puisque d’ailleurs à l’origine de « l’Œuvre de Dourgne » qui les unit depuis la première rencontre entre Dom Romain Banquet et Marie Cronier, au XIXe  siècle. Le bénédictin, originaire du lieu où il implantera l’abbaye, était issu, lui, de celle de La Pierre-qui-Vire, rattachée à la famille des moines de Subiaco-Mont-Cassin (Italie), les autres bénédictins étant reliés à l’abbaye de Solesmes (Sarthe), tandis qu’existe une troisième famille, les Olivétains (du Mont-Olivet, en Italie), qui font eux aussi partie de la confédération bénédictine. Quelle coloration tire ­En-Calcat de ses racines « subiaciennes » ? 

 « À côté des moines de Solesmes, par exemple, nous nous percevons comme des paysans rustiques, mal dégrossis. Nous n’avons pas l’habitude de mettre nos mains sous nos scapulaires. Il y a chez nous un côté un peu “relâché”. Par exemple, nous nous tutoyons. Nous sommes aussi plus proches du travail manuel », confie le F.­David.




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Les bienfaits de la simplicité

Est-ce cette liberté des frères, cet art qu’ils ont d’interpréter la règle ? Le monde du dehors, en tout cas, en est touché. Ainsi Pierre Marc, qui, dans le cadre d’un séjour offert à l’association parisienne « Aux captifs, la libération » accompagnant dans leur démarche de réinsertion des SDF de la capitale, ne trouve pas ses mots pour dire combien il se sent, ici, « libéré », alors même qu’en échange de l’accueil et du confort qui lui est donné, il accomplit quelques tâches utiles au monastère : « Les moines sont des hommes formidables. Et quelle nature ! » Sœur ­Solange Rault, de la congrégation de Saint-Vincent-de-Paul, bénévole aux « Captifs », depuis six ans qu’elle séjourne ici avec chaque fois un petit groupe d’hommes plus ou moins en difficulté, connaît les bienfaits de cette simplicité : « Les jeunes moines se mettent en civil, ils marchent avec nous quand on fait une balade, ils sont disponibles pour aider nos gars à retrouver le goût de l’outil. Et surtout, ils nous disent : “Pour nous, les moines, votre venue est vitale, on a besoin de ces contacts humains.” » « Ici, on n’est pas regardés comme des chiens », a entendu, un jour, Sœur Solange dans la bouche d’un des siens.

 Ici, la norme, à l’inverse du quotidien 

Gilles Romano, contrôleur de gestion dans le milieu bancaire, marié, père de famille, lui aussi vient régulièrement se ressourcer à En-Calcat. Outre une écoute attentive de la part des frères, il dit avoir trouvé là son port d’attache, qui lui permet de naviguer ensuite : « Dans la société habituelle, il faut être toujours fort, invincible, concurrentiel. Ici, la norme, à l’inverse du quotidien, c’est de pouvoir reconnaître notre faiblesse, notre fragilité. C’est le seul endroit où je peux me reconnaître tel que je suis. » Un propos qui irait droit au cœur du F. ­Stanislas, 90 ans, lequel reçoit toujours dans son bureau pour aider les personnes qui le visitent à retrouver des repères : « Les gens qui viennent me voir, j’essaie de les mettre en face de leur parole. Selon moi, la parole a mieux à faire que de résoudre des problèmes : elle structure l’homme ou la femme qui parle. » 

Simplicité et liberté toujours : si cette nouvelle oblate parmi la cinquantaine d’oblats entourant la communauté d’En-Calcat en parle, ce n’est pas un hasard : « J’avais commencé en 1997 des études de théologie à l’Université catholique de Toulouse. Nous étions quelques laïcs, peu de femmes, au milieu de tous ces clercs et religieux. Or, nous étions invités à travailler en équipe. Pourquoi me suis-je liée d’amitié avec les bénédictins ? Ils m’ont moins impressionnée que les carmes ou les dominicains. C’est leur accueil et leur simplicité qui m’ont rapprochée d’eux. » Sans doute, en effet, cette façon simple d’envisager l’existence, faite pour eux du travail des hommes et de la prière, les deux étant d’ailleurs intimement liés.

LOUIS de COURCY, à En-Calcat  

(la-croix.com)
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