WAGNER ANTISEMITE
Wagner : « Le Judaïsme dans la musique »
“Das Judenthum in der Musik”
ou Wagner et les Juifs

« Le judaïsme est la néfaste conscience
de notre civilisation moderne. »

La question des convictions anti-judaïques de Wagner, que d’aucuns n’hésitent pas à qualifier d‘opinions antisémites
sans doute à juste titre, a donné lieu à suffisamment de recherches,
d’analyses et d’études diverses, souvent passionnelles et passionnées,
pour que nous croyons intéressant de nous y pencher, afin de savoir
exactement qu’elles furent les idées défendues par Wagner en ce domaine
controversé. On sait, également, qu’il y eut une nette divergence entre Nietzsche et Wagner sur ce sujet, l’auteur de Zarathoustra proclamant, à qui voulait l’entendre : « Je
mène une guerre impitoyable à l'antisémitisme, - il est une des
aberrations les plus maladives de l'auto-contemplation hébétée et bien
peu justifiée du Reich allemand... » [1]. Au contraire, pour Wagner, les musiciens juifs présentaient à ses yeux le grave défaut de ne pas être en relation avec « l'esprit authentique du peuple allemand », leur musique, ainsi, ne pouvait être qu’artificielle et sans profondeur.
I. Wagner et les Juifs
Cependant,
indépendamment de ses déclarations publiques contre l'influence juive
dans la musique, Wagner a gardé de nombreux amis juifs,
même dans la dernière période de sa vie. Dans son autobiographie écrite
entre 1865 et 1870, il affirme par exemple que sa relation avec le Juif
Samuel Lehrs, qu'il avait connu à Paris dans le début des années 1840,
est une « des plus magnifiques amitiés de sa vie ». Par ailleurs, le plus représentatif d'entre les amis juifs de Wagner, fut sans doute le chef d'orchestre Herman Lévi, Juif pratiquant que Wagner désigna pour diriger la première représentation de Parsifal !
Le compositeur souhaita d'abord que Levi se fît baptiser, sans doute en
raison du contenu religieux de l’opéra, mais renonça finalement à cette
exigence. Levi, qui maintint des relations très amicales avec Wagner
fut même, immense honneur, sollicité à ses funérailles pour porter son
cercueil.
même dans la dernière période de sa vie. Dans son autobiographie écrite
entre 1865 et 1870, il affirme par exemple que sa relation avec le Juif
Samuel Lehrs, qu'il avait connu à Paris dans le début des années 1840,
est une « des plus magnifiques amitiés de sa vie ». Par ailleurs, le plus représentatif d'entre les amis juifs de Wagner, fut sans doute le chef d'orchestre Herman Lévi, Juif pratiquant que Wagner désigna pour diriger la première représentation de Parsifal !
Le compositeur souhaita d'abord que Levi se fît baptiser, sans doute en
raison du contenu religieux de l’opéra, mais renonça finalement à cette
exigence. Levi, qui maintint des relations très amicales avec Wagner
fut même, immense honneur, sollicité à ses funérailles pour porter son
cercueil.
La
question est donc complexe, et exige d’être abordée avec grande
prudence, afin d’éviter des jugements trop catégoriques et inexacts.
Toutefois, il est indéniables que les opinions de Wagner sont tranchées
et ne manquent pas de susciter une certaine gène, y compris chez les
plus inconditionnels fidèles du compositeur. Pourtant, il apparaît
évident que ce sujet, fut l’un de ceux qui tinrent le plus à cœur de
Wagner, et il est difficile de prétendre pénétrer toutes les arcanes de
l’œuvre sans posséder un minimum de clés référentielles sur cet aspect
des choses.
II. Histoire d’un texte sulfureux
C’est par un texte célèbre, publié tout d’abord en 1850 dans le Neue Zeitschrift für Musik sous le pseudonyme de K. Freigedank ("Libre-penseur"),
que Wagner synthétisa ses convictions anti-juives, sans pour autant les
revendiquer trop ostensiblement dans un premier temps. Toutefois, la
réédition de la brochure polémique en 1869, marquera le début d'une
série ininterrompue d'essais et d’articles dans des journaux, essais et
articles écrits par Wagner exprimant ses sentiments anti-juifs qui
parurent les années suivantes, y compris l'année même de sa mort en
1883, et qui tous critiquaient avec force, soit des juifs connus dans le
monde de l’art et de la musique soit, plus globalement, les Juifs dans
leur ensemble.
De la sorte, le texte de Richard Wagner que nous publions : “Das Judenthum in der Musik”, littéralement « La judéité dans la musique », et qui fut traduit en français par « Le judaïsme dans la musique », est loin d’être un texte isolé ; des textes antijuifs Wagner en fit paraître constamment et régulièrement.
Dans un essai tardif, Qu'est-ce qui est allemand ? (1879), il écrivait sur le thème qui nous occupe : « Les
Juifs [tiennent] le travail intellectuel allemand entre leurs mains.
Nous pouvons ainsi constater un odieux travestissement de l'esprit
allemand, présenté aujourd'hui à ce peuple comme étant sa prétendue
ressemblance. Il est à craindre qu'avant longtemps la nation prenne ce
simulacre pour le reflet de son image. Alors, quelques-unes des plus
belles dispositions de la race humaine s'éteindraient, peut-être à tout
jamais. »
III. Un antijudaïsme constant
On le voit, alors même qu’il déclare avoir lutté dans sa jeunesse pour l’émancipation des Juifs, non sans éprouver une « involontaire aversion à leur égard
»,, les idées de Wagner, ni ne changèrent, ni s’atténuèrent avec le
temps, bien au contraire, et l’on peut même dire, qu’elles prirent un
aspect plus déterminé, plus profond, au point qu’antijudaïsme et Wagner,
finirent peu à peu, à ne former non sans quelques raisons dans l’esprit
du grand public qu’une identique chose.

Il faut d’ailleurs rajouter à cela, ce qui n’arrangea pas la vision que le public se fit de l’œuvre de Wagner, qu’à la mort de
Cosima et Siegfried Wagner en 1930, la responsabilité du festival de Bayreuth et de la villa Wahnfried échut à la veuve de ce dernier, Winifred Wagner, amie personnelle d'Adolf Hitler
[2]. Or Hitler était un zélateur inconditionnel de la musique de
Wagner, et il contribua à conférer une lecture national-socialiste aux
principaux thèmes germaniques qui jalonnent l’œuvre, au point que
plusieurs des grandes ouvertures servirent aux messes politiques
organisées en l’honneur du IIIe Reich.
Wagner
reproche principalement aux Juifs, avec parfois des accents
authentiquement racistes et des arguments biologiques, d’être étrangers à
la culture européenne, d’être restés à l’écart de ce qu’elle représente
véritablement : « Pour
le Juif, toute la civilisation et tout l'art européens sont restés
choses étrangères, car il n'a pas plus participé à la formation de la
première qu'au développement du deuxième et il est le plus souvent resté
un spectateur froid, sinon hostile ». La conviction que ne cesse de
reprendre et distiller sous divers modes Wagner, peut se résumer à cette
phrase : « Ce qui
caractérisera donc le mieux les créations artistiques juives et cela
jusqu'à la trivialité et au ridicule, sera un cachet de froideur et
d'insensibilité et par conséquent, la période historique de la musique
juive de notre société peut être considérée comme celle de la stérilité
complète et du déséquilibre », montrant que derrière la féroce
critique du Juif, se cache surtout chez Wagner une volonté de démontrer
qu’il n’y a pas et ne peut y avoir d’art juif proprement dit, et que
pour le reste, les juifs se contentent d’imiter maladroitement ce qu’ils
ont découvert comme étant l’essence de l’Art européen.
Présentation du
« Judaïsme dans la musique »
L’essai de Richard Wagner, “Das Judenthum in der Musik”, cas unique dans l’histoire de la musique, attaque les Juifs en général et plus particulièrement les compositeurs Giacomo Meyerbeer et Felix Mendelssohn Bartholdy
avec une rare férocité. Il explique en quoi le monde des lettres et des
arts est tombé entre des mains selon lui impures, qui corrompent
l’essence de la pensée, il développe une thèse extrêmement radicale : « Il
n'existe pas d'art juif, par conséquent point non plus de vie créatrice
d'art chez les juifs ». La conviction de Wagner est que « Pour un
musicien juif, il ne peut donc exister qu'une seule source d'art
populaire juif : celui qui a cours dans les synagogues et qui a pour
thème le culte de Jéhovah. »
On retiendra également, que sa critique de Mendelssohn lui donne l’occasion de louer le génie musical de Beethoven, incomparablement supérieur selon lui à Bach. Il en profite immédiatement après, pour souligner
ce qui correspond à la fois à un constat et une terrible et désolante
situation pour la musique : « Il était impossible aux Juifs de s'emparer
de [la musique] avant que celui-ci fût devenu une chose sans vie ;
aussi longtemps que la musique possédait en soi une vie organique
intense, c'est-à-dire jusqu'à Mozart
et Beethoven, nous ne trouvions pas trace de Juifs dans la musique. Ce
n'est que lorsque la vie organique de celle-ci périclita, que les
éléments extérieurs prirent suffisamment d'empire pour s'en rendre
maîtres et la décomposer. La chair d'un tel cadavre, grouillant de vers,
peut se dissoudre, mais il n'est personne qui puisse pour autant le
considérer comme une chose vivante. »
Ainsi,
une seule solution permettrait de redonner la vie au corps musical vidé
de son énergie et de sa vérité, que le Juif cesse d’être Juif :
« …devenir homme, correspond pour le Juif à ne plus être Juif. Pour
atteindre [ce but], il faut peiner ; Prenez part, en toute loyauté, à
cette œuvre rédemptrice et nous serons alors unis et tous pareils. Mais
songez bien qu'une seule chose peut vous conjurer de la malédiction qui
pèse sur vous : la rédemption d'Ahasvérus : l'anéantissement. » [3]
On le constate, les thèses sont sans concession, et méritent un examen attentif afin de mieux connaître ce que pensait Wagner qui
se révèle à la fois plus radical, plus purement antisémite et
irrationnel qu’on ne l’imaginait, et parfois plus généreux, voire même
carrément ouvert à certaines possibilités pour les Juifs : « Nous avons souhaité qu'il se crée un jour un royaume juif à Jérusalem… »
Il
est donc instructif, alors que ce texte célèbre objet de tant de
commentaires, publié deux fois pendant la période nazie (Berlin en 1934,
puis Leipzig en 1939), a été soigneusement et volontairement omis pour
les raisons que l’on imagine lors de l’édition des « Œuvres Complètes »
en allemand de Wagner en 1983, et reste difficilement accessible en
français, en étant donc largement méconnu de la plupart de ceux qui
s’intéressent à la pensée de Wagner et par écho, tant leur relation fut
importante dans la vie de l’un et de l’autre, de Nietzsche.
Soucieux
donc, de contribuer à une meilleure connaissance de Wagner, nous
pensons utile de mettre à disposition du lecteur contemporain ce texte
objet de tant de fantasmes et de multiples interprétations, texte
souvent évoqué mais quasiment jamais cité, lecteur contemporain que nous
croyons capable de lire, nous semble-t-il, instruit par l’Histoire, et
de juger de la validité avec toute la distance nécessaire et la prudence
qu’il convient, des conceptions de Wagner au sujet de l’Art.
Notes.
[1] Nietzsche, Fragments posthumes, XIV, 24 [1], 6.
[2] Hitler déclara un jour : « Le national-socialisme n'a qu'un seul prédécesseur légitime : Richard Wagner. »
[3]
Allusion au mythe du juif errant, qui ne pouvait mourir car ayant perdu
jusqu’à la faculté de disparaître. C’est un moine bénédictin, Matthieu
Pâris, qui relatera le récit d'un évêque arménien en visite au monastère
de s. Alban, où le personnage est assimilé au juif Cartaphilus. La
légende devint populaire en Europe à la fin de la période médiévale, et
le juif errant reçut le prénom d'Ahaswerus (ou Ahasvérus).

RICHARD WAGNER
« LE JUDAÏSME
DANS
LA MUSIQUE »
Traduction de B. de TREVES
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