LES PARAS DU DRAKKAR
Beyrouth, 23 octobre 1983 : Souvenons-nous des paras du Drakkar
Le
23 octobre 1983, 6h30 du matin : un double attentat frappe la Force
multinationale de sécurité à Beyrouth.
En quelques secondes, 241 marines
américains et 58 parachutistes français sont tués.
Le poste Drakkar,
occupés par les paras du 1er RCP, vient de subir la frappe la plus terrible contre l'armée française depuis les affrontements de la décolonisation.
Bruno Racouchot était alors
officier au 6e RPIMa. Il nous a aimablement autorisé à reproduire le
texte d'hommage en annexe, initialement paru dans le cadre du très
confidentiel "Club des chefs de section paras au feu". Qu'il en soit ici
remercié.
Le 23 octobre 1983, les parachutistes
français présents à Beyrouth dans le cadre de la Force Multinationale de
Sécurité, étaient victimes d'un attentat. 58 d'entre eux devaient
trouver la mort dans l'explosion du poste "Drakkar". Le texte d'hommage
qui suit a été publié dans le cadre du Club des chefs de section paras
au feu, qui compte quelques anciens de cette mission sanglante, depuis
le Général François Cann, alors à la tête de la force française, et le
Général Paul Urwald, qui commandait alors le 6e RIP, jusqu'au benjamin
du Club, Bruno Racouchot, officier-adjoint d'une des quatre compagnies
déployées à Beyrouth-Ouest. Plus particulièrement en charge de la
section de protection du PC du 6e RIP, Bruno Racouchot décrit la
configuration extrêmement délicate et sanglante dans laquelle furent
alors plongés les parachutistes français.
Rappel du contexte historique
En juin 1982, Israël lance l'opération
"Paix en Galilée", envahit le Sud-Liban et entreprend fin juin-début
juillet l'assaut de Beyrouth-Ouest où les Palestiniens sont encerclés
dans une nasse, les Syriens refusant de les accueillir sur leur
territoire. Un cessez-le-feu est appliqué début août. La communauté
internationale, soucieuse d'éviter des affrontements sanglants, décide
d'intervenir. Sous la protection des parachutistes français, soutenus
par les soldats américains et italiens, les forces palestiniennes sont
exfiltrées en douceur. De 500.000 à 600.000 Palestiniens restent dans
les camps.
Le 23 août, Béchir Gemayel est élu
Président du Liban. Le 15 septembre, il est assassiné. Israël investit
Beyrouth-Ouest. Du 16 au 18 septembre ont lieu les massacres de
populations civiles dans les camps de Sabra et Chatila, où des centaines
de civils palestiniens sont tués. Le 21 septembre, Amine Gemayel, frère
aîné de Béchir, est élu président. Le 24 septembre, pour répondre à une
opinion internationale scandalisée par les tueries dont les
Palestiniens ont été victimes, une Force Multinationale de Sécurité à
Beyrouth est créée, intégrant des contingents français, américains,
italiens et une poignée d'Anglais.
Dès lors, au Liban, la situation ne
cesse de se dégrader. Massacres de populations civiles et attentats se
multiplient. Les soldats de la Force Multinationale sont victimes
d'innombrables attaques et de bombardements. Si les Américains sont
cantonnés à l'aéroport et les Italiens en périphérie de la ville, si les
Anglais se contentent de mener des missions de renseignement avec un
escadron spécialisé, les Français, eux, reçoivent la mission la plus
délicate, au cœur même de Beyrouth.
Tous les quatre mois, les contingents
sont relevés, souvent avec des pertes sévères. En septembre 1983 a lieu
la relève pour les légionnaires français installés à Beyrouth, remplacés
par les parachutistes de la 11e Division parachutiste. C'est
l'opération Diodon IV, qui deviendra l'engagement le plus sanglant pour
l'armée française depuis les guerres coloniales. Le 3e RPIMa s'installe
en secteur chrétien, dans la perspective d'une offensive face au
"Chouf", pour pacifier la montagne où les Druzes s'en prennent
violemment aux chrétiens. Des éléments du GAP, 1er RHP, 17e RGP, 12e RA,
35e RAP, 7e RPCS et le commando marine Montfort sont également à pied
d'œuvre.
Le secteur
le plus dangereux, celui de
Beyrouth-Ouest, est dévolu à un régiment de marche, le 6e RIP, Régiment
d'Infanterie Parachutiste, qui a pour mission principale la protection
des populations civiles palestiniennes traumatisées des camps de Sabra
et Chatila. Ce régiment, placé sous le commandement du colonel Urwald, a
été formé spécialement pour cette opération, et est constitué de quatre
compagnies de parachutistes : deux compagnies du 6e Régiment de
Parachutistes d'Infanterie de Marine basé à Mont-de-Marsan, une
compagnie du 1er Régiment de Chasseurs Parachutistes basé à Pau, une
compagnie du 9e Régiment de Chasseurs Parachutistes basé à Pamiers.
Le quotidien d'un chef de section para au feu
C'est une vraie leçon de vie dont vont
bénéficier les jeunes chefs de section plongés dans la fournaise de
Beyrouth. Les Américains sont à l'époque encore sous le coup de la chute
de Saïgon survenue à peine huit ans plus tôt. Ils sont repliés sur
l'aéroport, ne sortant quasiment pas de leurs abris, usant de M113 pour
traverser le tarmac de l'aéroport. Sous des tirs d'artillerie
incessants, en septembre 1983, nos jeunes paras ont remplacé les
légionnaires. A la différence des professionnels du 3e RPIMa, d'où
viennent-ils ces jeunes du 6e RIP ? Ce sont pour la plupart des appelés,
d'un genre un peu particulier cependant. Volontaires TAP, volontaires
outre-mer, volontaires service long, pour beaucoup d'entre eux, ils ont
déjà bénéficié d'une solide formation et ont effectué des "tournantes"
hors métropole.
Mentalement et physiquement préparés,
ils pressentent cependant dès leur arrivée que cela va être dur, très
dur même. Mais ils vont faire front et s'adapter. Avec modestie, calme,
détermination. Certes, en débarquant, chacun d'entre eux éprouve
l'étrange picotement qui monte le long de la colonne vertébrale.
Heureusement, ils ont à leurs côtés les "anciens", à peine plus âgés
qu'eux, qui ont "fait" le Tchad, la Mauritanie, le Zaïre, Djibouti, et
pour certains déjà, le Liban… Tous ces noms de TOE lointains les ont
fait rêver à l'instruction, quand ils n'avaient déjà qu'un souhait, se
montrer à la hauteur de ceux qui les avaient précédés sous le béret
rouge. Aujourd'hui, le rêve se trouve enfin confronté brutalement à la
réalité.
Beyrouth est un piège monumental. On a
beau avoir bourlingué, on a beau avoir entendu tirer à ses oreilles,
quand on est un jeune chef de section, débarquer dans un tel univers
constitue une épreuve d'ordre quasiment initiatique. On n'ose pas le
dire, mais on le ressent d'emblée jusqu'au tréfonds de soi. Avec la
secrète question qui taraude et que l'on n'ose pas exprimer : saurai-je
me montrer digne de mon grade et de mon arme ? Ce sont d'abord les
missions ordinaires, protection des postes, ravitaillement,
reconnaissance, tâches d'entretien peu glorieuses mais tellement
nécessaires, que l'on accomplit sereinement parce que même si le
contexte est moche, on leur a appris à être beaux. Les jeunes paras
mûrissent vite. Les visages se creusent, le manque de sommeil se fait
vite sentir. Paradoxalement, les relations soudent les esprits et les
corps. De secrètes complicités se nouent. Plus besoin de longs discours,
les ordres s'exécutent machinalement, avec un professionnalisme qui
prouve que, par la force des choses, le métier des armes entre dans la
peau de chacun.
L'ennemi est partout et nulle part
Le jeune chef de section apprend très
vite à connaître son secteur. Il a la chance d'avoir à ses côtés des
hommes décidés encadrés par des sous-officiers d'élite, totalement
dévoués à leur tâche. Il rôde, de jour comme de nuit, pour imprimer dans
ses neurones les itinéraires, les habitudes, les changements de
comportements. Rien n'est anodin. Il sait qu'il lui faut lier
connaissance, observer, échanger, parler, surveiller, lire, écouter… Pas
de place pour la routine. Plus que jamais, il faut faire preuve
d'initiative, agir à l'improviste, sortir des postes, aérer les
périmètres de sécurité, ne pas céder à la tentation mortelle de se
recroqueviller dans les postes, derrière les sacs de sable et les
merlons de terre. Des milliers d'yeux observent les paras français
depuis les tours qui encerclent les positions. Ici, l'aspect
psychologique est capital. On est en Orient. Il n'est pas permis de
perdre la face. Les Français ont des moyens dérisoires en regard de
leurs adversaires potentiels ou des grands frères américains, qui
peuvent d'un simple appel radio, déclencher la venue de norias
d'hélicoptères. En revanche, les Français savent s'immerger dans la
population. Ils mangent comme le Libanais de la rue, se mélangent aux
civils qui déambulent dans des marchés grouillants. Savoir se faire
apprécier, c'est se faire respecter. Un sourire généreux sur une face de
guerrier, c'est rassurant. Ça prouve la force plus que les armes. C'est
cette stature des paras français qui fait très vite leur réputation
dans la population.
Ce profil si particulier des soldats
français, ce sont les chefs de section et les sous-officiers qui
l'impriment à leurs hommes. Quels que puissent être les risques, ils ne
changeraient leur place pour rien au monde. Ils savent qu'ils vivent une
aventure inouïe, où chacun va pouvoir aller à l'extrême limite de ses
possibilités. Le chef de section para a beau n'avoir que vingt-cinq ou
trente ans, il sait qu'il passe là une épreuve pour laquelle il s'est
préparé depuis des années ou depuis toujours, celle du feu. Il devine
intuitivement qu'il va peut-être lui être donné d'accéder à une autre
forme de connaissance de la vie, qu'il va opérer une mue intérieure
subtile que seuls "ceux qui savent" et les anciens comprendront. Il sait
qu'il reviendra de Beyrouth, "pareil sauf tout"… Ceux qui ont lu Ernst
Jünger savent ce qu'il entend quand il parle de "La Guerre, Notre
Mère"…. Drakkar va littéralement "sublimer" cet état d'esprit.
Deux jours avant Drakkar, le 21 octobre
1983, je suis désigné pour conduire, avec le capitaine Lhuilier,
officier opération du 6e RIP, un entraînement commun de la Compagnie
Thomas du 1er RCP avec les marines américains à l'aéroport. Il faut bien
que la connaissance de la langue de Shakespeare serve à quelque chose…
Lhuilier est une figure des paras-colos. Il a eu son heure de gloire
avec le 3e RIMa au Tchad quelques années avant, où coincé dans une
embuscade, il a fait monter sa compagnie à l'assaut des rebelles,
baïonnette au canon, en chantant "La Marie"… Dans l'épreuve qui se
profile à l'horizon, il va se révéler un roc inébranlable.
Marines et paras français au coude à
coude à l'entraînement… Comment imaginer en voyant tous ces grands
gaillards crapahuter dans la poussière et se livrer à des exercices de
tir rapide, que la plupart d'entre eux reposeront bientôt dans un
linceul de béton ?... Mis en alerte le samedi soir, nous dormons tout
équipés sur nos lits de camp, l'arme à portée de main. On entend bien
des explosions, des tirs d'artillerie sporadiques. Des rafales d'armes
automatiques titillent les postes. Mais va-t-on s'inquiéter pour si peu
?
Dimanche 23 octobre 1983, 6h30 du matin.
L'aube se lève. D'un coup, une explosion terrible, une lourde colonne
de fumée qui s'élève plein sud dans le silence du dimanche matin.
L'aéroport et les Américains sont mortellement touchés. Puis une minute
après, encore une autre, plus proche cette fois, d'une puissance tout
aussi ahurissante. On entend en direct sur la radio régimentaire que
Drakkar a été rayé de la carte. Ce poste était occupé par la compagnie
du 1er RCP commandée par le capitaine Thomas, dont heureusement un
détachement était de garde à la Résidence des Pins, le QG français.
Bilan des deux attentats : 241 marines et 58 paras français sont tués,
sans compter d'innombrables soldats grièvement blessés, évacués en
urgence en Europe.
Dès la première explosion, chacun a
bondi à son poste. On comprend d'emblée que c'est terrible. Les ordres
fusent à toute vitesse. Des équipes partent pour le lieu de l'attentat,
les autres sécurisent les postes. Chacun sait ce qu'il a à faire. On est
sous le choc, mais le professionnalisme l'emporte. La mécanique
parachutiste, répétée inlassablement à l'entraînement, montre ses vertus
en grandeur réelle. On va faire l'impossible pour sauver les camarades.
Malheureusement, beaucoup sont déjà morts, déchiquetés, en lambeaux,
que l'on ramasse jour après jour, nuit après nuit. On a entendu certains
d'entre eux râler sous les ruines, alors que nous étions impuissants à
les dégager des amas de gravats. Ils sont là, pris dans l'étreinte
mortelle de l'acier et du béton, ceux pour lesquels nous sommes arrivés
trop tard, ceux avec lesquels hier on riait, on plaisantait, on
rivalisait. Aucun des paras qui va relever ses camarades en cette
semaine d'octobre n'oubliera ces pauvres corps, "tués par personne",
nobles et dignes jusque dans la mort, magnifiques soldats équipés et
prêts pour le combat, parfois la main crispée sur leur Famas. Sans doute
est-ce parce qu'ils ont rejoint les légions de Saint-Michel que leur
souvenir semble éternel. Le mythe para en tous cas l'est. Maintenant
plus que jamais. Et tous, nous communions alors dans une espèce de rêve
étrange et éveillé, où la mort étonnamment proche se mêle
inextricablement à la vie, en un jeu dont les règles nous échappent. Un
nouveau jalon funèbre est posé après les combats des paras de la Seconde
Guerre mondiale et bien sûr ceux des grands anciens d'Indochine et
d'Algérie.
En signe de solidarité avec nos hommes,
le Président de la République, François Mitterrand, vient rendre un
hommage aux morts le 24 octobre. Les paras savent déjà qu'ils sont pris
dans un traquenard monstrueux. Jour après jour, ils sont victimes de
nouveaux attentats, dans un secteur totalement incontrôlable, où
pullulent les milices, les mafias et les "services". Personne ne sait
réellement qui fait quoi, les informations sont sous influence, rien
n'est sûr, tout est mouvant. Sans ordres ni moyens légaux, les paras
sont contraints de se battre au quotidien pour assurer la survie de
leurs postes et continuer à protéger les populations. Aucun renfort
notable n'est envoyé de métropole, hormis une compagnie de courageux
volontaires du 1er RCP venus prendre la place de leurs prédécesseurs. En
dépit des nombreux morts et blessés qu'ils vont relever dans leurs
rangs, les paras ne doivent compter que sur leur savoir-faire, leur
calme et leur professionnalisme pour se défendre tout en évitant de
répondre aux provocations, refusant parfois de tirer pour préserver les
civils. A ce titre, la mission aura certes été remplie, mais nombreux
sont les soldats français qui reviendront avec l'amer sentiment d'avoir
perdu leurs camarades sans les avoir vengés.
Chacun sait alors que nous vivons un
moment unique de notre vie, dont l'intensité et la profondeur nous
bouleversent. L'aumônier, le père Lallemand, a le don de savoir parler
aux soldats. Que l'on soit croyant pratiquant ou athée, agnostique ou
païen, il sait trouver les mots qui apaisent et réconfortent.
Paradoxalement, Drakkar ne va pas briser les paras, mais les souder. Les
semaines à venir vont être infernales. Et cependant, tous font face
avec une abnégation sublime. Le plus humble des parachutistes joue
consciencieusement son rôle dans un chaudron où se multiplient les
attentats. Bien des nôtres vont encore tomber, assassinés lâchement la
plupart du temps. Mais tous accomplissent leur devoir avec fierté et
discrétion. Nous recevons des mots et des cadeaux de métropole, comme
ces Landais qui nous envoient du foie gras à foison pour Noël, ou encore
ces enfants qui nous dédient des dessins touchants. Les paras sont
soudés, et même la mort ne peut les séparer.
Dans la nuit du 25 décembre, les postes
de Beyrouth-Ouest devenus indéfendables dans la configuration
géopolitique de l'époque sont évacués. Fin janvier-début février, les
paras exténués sont rapatriés sur la France. Le contingent de
"Marsouins" qui les remplace ne restera pas longtemps. Américains et
Italiens quittent le Liban fin février. En mars, le contingent français
rembarque, ne laissant sur place que des observateurs.
Les enseignements à tirer
Jeune ORSA à l'époque, ayant la volonté
de préparer l'EMIA, je décide cependant de quitter l'armée. Cinq années
de boxe intensive et à bon niveau m'ont appris qu'un coup encaissé doit
toujours être rendu, au centuple si possible. Déphasage. Je ne me sens
pas l'âme d'un "soldat de la paix". Mais les paras vont rester ma vraie
famille. Depuis, j'ai fait le tour du monde, connu d'autres aventures.
J'ai passé des diplômes, "fait la Sorbonne", créé une entreprise. Mais
rien n'a été oublié. Mes chefs d'alors sont devenus des amis. Nous avons
eu des patrons magnifiques, Cann, Urwald, Roudeillac, des commandants
de compagnie qui étaient des meneurs d'hommes, de vrais pirates pour
lesquels on aurait volontiers donné sa vie, des sous-officiers et des
soldats avec des gueules sublimes. Tout cela, mon ami le journaliste
Frédéric Pons l'a mis en relief avec brio dans son livre "Les Paras
sacrifiés" publié en 1993 et réimprimé en 2007 sous le titre "Mourir
pour le Liban". Il faut dire qu'à la différence de bien d'autres, Pons
sait de quoi il parle. Ancien ORSA du 8e RPIMa, il a vécu l'une des
premières missions de la FINUL au sud-Liban au tout début des années
80.
En novembre 2007, j'ai été invité à
prononcer une courte allocution à Coëtquidan, devant les élèves de
l'EMIA qui avaient choisi pour parrain de leur promotion le Lieutenant
de La Batie. J'avais connu Antoine quand il était à Henri IV, je l'avais
ensuite revu lors de l'entraînement commun à l'aéroport le 21 octobre
1983… puis mort quelques jours après. Ayant quitté l'armée française
comme lieutenant, j'ai donc souhaité parler à ces élèves officiers comme
un vieux lieutenant à de jeunes lieutenants. Il faut savoir tirer le
meilleur de toute expérience, surtout quand elle s'est révélée tragique.
Bref, savoir transformer le plomb en or. Il fallait leur dire ce qu'une
OPEX comme celle-là nous avait appris concrètement, nous fournissant
des enseignements qui nous servent au quotidien dans la guerre
économique.
Avec le recul, ce qui demeure certain,
c'est que, sans en avoir eu alors une pleine conscience, Beyrouth
anticipait le destin de l'Occident. Le terrorisme est devenu une menace
permanente, y compris au cœur de notre vieille Europe. Mais en ce
temps-là, nous autres, modestes chefs de section, n'étions pas à même
d'analyser les basculements géopolitiques en gestation. Plus
modestement, Beyrouth nous a révélé la valeur des hommes. Beyrouth nous a
enseigné bien des sagesses. Pour ceux qui surent le vivre avec
intelligence, Beyrouth fut une épreuve initiatique au sens premier du
terme, qui nous a décillé les yeux sur nous-mêmes et sur le monde. Ce
que les uns et les autres avons appris dans ce volcan, aucune école de management,
aucun diplôme d'université, ne nous l'aurait apporté, ni même l'argent
ou les honneurs. Nous avons appris le dépassement de soi pour les
autres, la valeur de la camaraderie, la puissance des relations d'homme à
homme fondées sur la fidélité, la capacité à transcender sa peur, la
reconnaissance mutuelle, l'estime des paras pour leur chef et l'amour
fraternel du chef pour ses paras… Des mots qui semblent désuets dans
l'univers qui est le nôtre, mais qui reflètent cependant un ordre
supérieur de connaissance des choses de la vie.
Cette richesse
intérieure acquise, nous en ferons l'hommage discret à tous nos
camarades tombés en OPEX le 23 octobre prochain, lorsque, à 6h30 du
matin, nous penserons à ceux du Drakkar. Comme nos grands anciens,
montera alors de nos lèvres vers le ciel la vieille chanson : "j'avais un camarade…"
Bruno Racouchot
Ex-Lt 6e RPIMa
Cette
société est aujourd'hui présente à Paris, Toronto (Canada) et Sao Paulo
(Brésil), où Bruno Racouchot travaille avec des chercheurs civils et
militaires, spécialisés dans les questions de planification
stratégique, de management, de communication, notamment dans la sphère
de l'influence et du branding. Comes Communication publie chaque mois Communication et Influence, une Lettre de réflexion librement téléchargeable sur son site Internet.
IN MEMORIAM
- capitaine Thomas Jacky
- capitaine Ospital Guy
- lieutenant Dejean de La Bâtie Antoine
- sous-lieutenant Rigaud Alain
- adjudant Bagnis Antoine
- adjudant Moretto Michel
- sergent Dalleau Christian
- sergent Daube Vincent
- sergent Lebris Jean-Pierre
- sergent Longle Yves
- sergent Ollivier Gilles
- caporal chef Bensaidane Djamel
- caporal chef Beriot Laurent
- caporal chef Carrara Vincent
- caporal chef Duthilleul Louis
- caporal chef Grelier Xavier
- caporal chef Loitron Olivier
- caporal chef Margot Franck
- caporal chef Seriat Patrice
- caporal chef Vieille Hervé
- caporal Girardeau Patrice
- caporal Hau Jacques
- caporal Jacquet Laurent
- caporal Lamothe Patrick
- caporal Lepretre Dominique
- caporal Leroux Olivier
- caporal Muzeau Franck
- caporal Thorel Laurent
- parachutiste de 1ère classe Gasseau Guy
- parachutiste de 1ère classe Gautret Remy
- parachutiste de 1ère classe Julio François
- parachutiste de 1ère classe Pradier Gilles
- parachutiste de 1ère classe Tari Patrick
- parachutiste de 1ère classe Théophile Sylvestre
- parachutiste Bachelerie Yannick
- parachutiste Bardine Richard
- parachutiste Caland Franck
- parachutiste Chaise Jean-François
- parachutiste Corvellec Jean
- parachutiste Delaitre Jean Yves
- parachutiste Deparis Thierry
- parachutiste Di-Masso Thierry
- parachutiste Durand Hervé
- parachutiste Guillemet Romuald
- parachutiste Kordec Jacques
- parachutiste Lastella Victor
- parachutiste Ledru Christian
- parachutiste Levaast Patrick
- parachutiste Leverger Hervé
- parachutiste Meyer Jean-Pierre
- parachutiste Porte Pascal
- parachutiste Potencier Philippe
- parachutiste Raoux François
- parachutiste Renaud Raymond
- parachutiste Renou Thierry
- parachutiste Righi Bernard
- parachutiste Schmitt Denis
- parachutiste Sendra Jean
(theatrum-belli.com)
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