GUY MILLIERE SUR LE DERNIER LIVRE DE PHILIPPE SIMONNOT
| | L’antisémitisme musulman, de Philippe Simonnot | |||
| - mardi 25 mai 2010 J’aurais aimé apprécier sans retenue le livre de Philippe Simonnot sur l’antisémitisme musulman. Le sujet est, en effet, très important. L’antisémitisme à l’ancienne, que flatte de temps à autre Jean-Marie Le Pen, et qui peut me valoir des courriers nauséabonds, est aujourd’hui en reflux, mais un antisémitisme nouveau est venu prendre sa place, dont on ne veut pas parler parce qu’il émane de populations réputées opprimées et issues de pays autrefois colonisés, et cet antisémitisme-là est effectivement musulman. Malheureusement, les explications que donne Philippe Simonnot sont, dans un premier mouvement, insuffisantes, et, dans un second mouvement, gravement erronées. Commençons par le premier mouvement. Simonnot met en avant une alliance judaïsme-islam face au christianisme, présente le monde musulman comme moins délétère pour le judaïsme que le monde chrétien, et insiste sur la condition de dhimmi comme impliquant le statut d’« invité » au sein de l’islam. Ce qu’il écrit là édulcore, et se place si bien du point de vue de l’islam qu’on peut y voir un oubli de l’essentiel : le dhimmi est réduit à l’infériorité. Et, quand bien même cet état de fait a, peut-être, été un moindre mal hier, cela ne change rien au fait que le monde musulman est aujourd’hui un monde bloqué, alors que les mondes chrétien et juif ont, eux, évolué. La vision du monde que porte l’islam en cette situation de blocage est dangereuse et strictement incompatible avec les principes fondamentaux du droit. Cet oubli conduit Simonnot à décrire la volonté d’émancipation juive née de l’évolution occidentale et de l’idée de droit comme une « trahison » aux yeux des musulmans. S’il s’agit, peut-être, d’une « trahison » aux yeux des musulmans, cela ne justifie en rien l’idée de « trahison » elle-même, et cela ne retire rien à la légitimité pleine et entière de la volonté d’émancipation juive. Le second mouvement découle du premier. S’étant placé du point de vue musulman pour aborder les temps de la dhimmitude, Simonnot reste ancré dans ce même point de vue lorsqu’il traite des temps modernes, ce qui le conduit à une lecture du sionisme qui, tout en comportant des éléments pertinents (le sionisme naît face à l’antisémitisme chrétien), le mène à voir celui-ci comme une entreprise « coloniale » (ce qu’il n’est pas). En conséquence, il oublie les crises inhérentes à l’islam, les tensions et dissensions au sein de l’empire ottoman, l’émergence du nationalisme arabe. Il fait ainsi l’impasse sur le fait, pourtant essentiel, que la revendication d’une émancipation nationale juive s’inscrit sur un horizon de revendications d’émancipation bien plus vaste et, à la fin du XIXe siècle, planétaire. Simonnot en arrive sur ces bases, contre toute évidence, à décrire le sionisme comme la cause, et l’antisémitisme musulman comme l’effet. Pour servir sa thèse, il décrit la création d’Israël sur un mode calqué sur une historiographie sans fondement, prenant pour référence principale un idéologue déconsidéré, Ilan Pappé. Le résultat est un livre dont on doit dire que, tout en apportant quelques éclairages, il passe néanmoins très largement à côté de son sujet, et qui pourrait fournir au monde musulman des excuses pour des comportements inadmissibles. On devra, pour comprendre effectivement l’antisémitisme musulman, se tourner vers d’autres sources, telles « A God Who Hates » de Wafa Sultan ou « The Legacy of Islamic Antisemitism » d’Andrew Bostom et Ibn Warraq. Le livre français sur le sujet reste à écrire, je le dis avec tristesse. Et il doit l’être. De toute urgence. Car derrière l’antisémitisme musulman, qui est une réalité, il y a l’inadaptation du monde musulman et de l’islam à la modernité, et les menaces préoccupantes qui en résultent. Lu d’un œil critique, avec distance, Simonnot peut donner à voir cette inadaptation. Il est dommage que, sous de nombreux angles, il semble se faire son avocat ****************************** | ||||

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