mercredi 21 mai 2014

SAINT-DENIS : PREMIERE FAC "ISLAMIQUE" ?

En Seine-Saint-Denis, enquête sur un IUT à la dérive

  • Par Caroline Beyer
  • Publié le
L’institut universitaire et technologique de Saint-Denis dépend de l’université Paris XIII.-28Sébastien SORIANO/Le Figaro-
Salle de prière clandestine, malversations financières, menaces de mort sur le directeur… Deux plaintes viennent d’être déposées. 


Menaces de mort à caractère islamiste à l’encontre d’un directeur de l’IUT, destitution en avril d’un chef du département pour cause de dysfonctionnements majeurs et de soupçons d’emplois fictifs, découverte d’une salle de prière clandestine… 

Un lourd bilan pour l’IUT de Saint-Denis, révélé le 19 mai par RTL. Un dossier en tous points explosif, où l’on cède volontiers aux amalgames. L’affaire révèle pourtant une crise bien réelle au sein de cette entité dépendant de l’université Paris-XIII et implantée sur un territoire où le communautarisme est une réalité.
« Ce n’est pas parce qu’une association étudiante trouve malin de vendre des sandwichs halal qu’il y a une montée du communautarisme! »
Le président de Paris-XIII
Il y a d’abord ces menaces à l’encontre de Samuel Mayol, promu à la tête de l’IUT en 2012, après avoir dirigé pendant quatre ans le département «techniques de commercialisation». Ce soutien à la liste d’Anne Hidalgo lors des municipales aurait reçu depuis février quinze lettres de menaces. 

Les dernières, expédiées à son domicile, ont été écrites en arabe: «J’appelle tous les musulmans à te punir. Tu dois payer, toi, tes proches, tes enfants.» 

Deux plaintes ont été déposées, l’une émanant du directeur, l’autre de Jean-Loup Salzmann, président de Paris-XIII, à la tête par ailleurs de la Conférence des présidents d’université (CPU). Ce dernier travaille de concert avec le ministère de l’Enseignement supérieur et le rectorat de Créteil. Le parquet de Bobigny a ouvert une enquête préliminaire pour «menaces de mort».

Une situation anormale

En parallèle, des malversations administratives et financières ont abouti en avril à l’éviction de Rachid Zouhhad, arrivé à la tête du département «techniques de commercialisation» en 2012 et destitué pour dysfonctionnements majeurs et soupçons d’emplois fictifs. Une destitution confirmée dans la foulée par le tribunal administratif de Montreuil. L’homme aurait changé à la rentrée 2013 la moitié des 120 vacataires habituels de l’année précédente, certains remplacés par des proches. Selon RTL, les 4800 heures concernées représenteraient un montant total de 200.000 euros.

«Il y a une enquête de police en cours que je n’ai pas l’intention de gêner», a expliqué Jean-Loup Salzmann au Figaro. Le président de la CPU déjeunait hier avec François Hollande et le ministre de l’Éducation, Benoît Hamon, pour évoquer les regroupements d’université… A-t-il été question de Saint-Denis?

Dénonçant des «amalgames», Jean-Loup Salzmann souhaite visiblement temporiser. Le fond de l’histoire? «Des différends interpersonnels et administratifs. Un malade qui s’amuse à faire le corbeau et se dit islamiste parce que c’est à la mode, poursuit-il. Ce n’est parce qu’il se dit islamiste qu’il l’est. Ce n’est parce qu’il y a un tapis de prière dans les locaux d’une association qu’il y a une mosquée clandestine derrière. Ce n’est pas parce qu’une association étudiante trouve malin de vendre des sandwichs halal qu’il y a une montée du communautarisme!», s’emballe le président de Paris-XIII.

Car il est aussi question dans l’affaire d’une association baptisée L’Ouverture, s’occupant officiellement de sorties et de voyages. En début d’année, elle a procédé à une vente de sandwichs halal dans le hall de l’IUT. En février, à la suite d’une fausse alerte à la bombe, la police a découvert une salle de prière avec quelques tapis disposés au sol.

Peut-on parler d’une montée du communautarisme à Saint-Denis? «Ni plus ni moins qu’ailleurs», lâche Jean-Loup Salzmann.

En face du bâtiment principal de l’IUT, un gros bloc gris posé face à la place du 8-Mai-1945 en plein centre-ville, le fast-food ferme le vendredi, à l’heure de la prière. Dans ce décor qui leur est habituel, les étudiants n’évoquent pas le communautarisme. Et bottent en touche sur la question de la salle de prière clandestine. Ils étaient au courant, racontent-ils mais n’ont pas particulièrement ressenti de prosélytisme au sein de l’IUT. Une certitude: la religion est un sujet délicat à aborder. Comme le résume l’un d’eux, laconique, «ici, la parole de Dieu est importante».
En revanche, les étudiants dénoncent haut et fort les conditions d’études auxquelles ils ont été soumis. «Tout allait bien au début de l’année scolaire, raconte l’un d’eux. Mais on a rapidement vu que la situation n’était pas normale.» 

 Matières enseignées qui ne sont pas au programme national, absences à répétition de professeurs… Finalement, les étudiants sont envoyés en stage au premier semestre, alors qu’ils devraient normalement l’être en seconde partie d’année. Et pour couronner le tout, au premier semestre, un des étudiants soupçonne l’administration de «trafiquer les notes» pour compenser l’absence de cours… La semaine prochaine, ces étudiants devront rendre un dossier en comptabilité. Mais il se trouve qu’ils ont assisté à leur premier cours… hier.

Du côté des enseignants et de leurs représentants, c’est bien le silence, voire la paranoïa qui domine. «Cette affaire dure depuis plusieurs mois», explique pour sa part Jean-Louis Charlet, le président de SupAutonome, fédération de syndicats, qui dénonce «un climat détestable». 

«Si le président de l’université, Jean-Loup Salzmann, avait mesuré la gravité de la situation, nous n’en serions pas là», poursuit le président de la fédération, dont le trésorier adjoint n’est autre que… Rachid Zouhhad

 Jean-Louis Charlet ajoute que ce dernier a par ailleurs «reçu des menaces racistes anonymes, avant d’être viré».



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1 commentaire:

Brebis Gall a dit…

Je dois avouer cher Jean-Pierre que tu as finis par me les faire détester pour de bon, car ne vivant plus en Paris ; je n'en constate pas les dégât, la dernière fois que je suis venu en passant juste à la gare du nord pour prendre un avion, j'ai été épouvanté ! Mais cela ne m'empêche pas, de toujours aussi peu encaisser leurs "frères"...