LES NATIONALISTES SUEDOIS
L’extrême droite suédoise au seuil du parlement
Article d'Antoine Jacob
publié le 18 septembre 2010
Les Suédois se veulent tolérants.
Cela expliquerait pourquoi le royaume n’a pas encore vu éclore, au niveau national, un parti d’extrême droite, en dépit de problèmes grandissants liés à l’immigration.
Certes, il y a eu un feu de paille populiste au début des années 1990, attisé tant par la xénophobie que par un ras-le-bol fiscal.
Mais il s’était vite consumé.
Cette tolérance semble toutefois avoir atteint ses limites. A en croire tous les sondages, un parti d’extrême droite s’apprête à faire son entrée au parlement suédois, lors des élections législatives de dimanche. Comme ailleurs en Europe.
«Les Démocrates de Suède (SD) sont porteurs d’un courant plus dur que ceux présents au Danemark ou en Norvège, note Anna-Lena Lodenius, spécialiste de l’extrême droite.
Ce parti est issu de la mouvance brune et, même s’il cherche à se montrer sous un jour respectable, cela le marque encore.»
Il y a une différence entre ce que déclare en public le chef du parti, Jimmy Akesson, cadre de 31 ans, et ce qui se dit dans les réunions de militants et sur les forums de discussion en ligne.
«Fixer des limites»
Les SD se sont extraits de la nébuleuse néonazie, active dans ce pays, pour jouer le jeu démocratique. Créé en 1988, le parti est d’ores et déjà représenté dans la moitié des communes du royaume depuis les municipales de 2006, en particulier dans le sud (mais un septième de ses mandats sont sans titulaire par manque de cadres).
Son discours anti-immigrés ne laisse plus insensible une frange de la population. «Je ne pense pas être raciste, nous confiait récemment un jeune ouvrier sans vouloir être nommé. Mais je sens qu’il faut fixer des limites et ça, les grands partis politiques ne veulent pas en parler.»
De fait, la population s’est diversifiée au fil des années. Selon l’Office des statistiques, 18% des Suédois recensés (fin 2008) sont nés à l’étranger ou dans le royaume de deux parents nés à l’étranger. «Le changement est considérable pour un pays qui est longtemps resté homogène», pointe Anna-Lena Lodenius. La Suède n’est pas une ex-puissance coloniale. Jusqu’en 1999, l’Eglise luthérienne y était encore religion d’Etat.
Sortir le pays de l’UE
Parce qu’ils se veulent responsables sur la scène internationale, les gouvernements successifs ont mené une politique d’accueil plutôt généreuse en comparaison avec la moyenne ouest-européenne. Même si elle a été durcie par le gouvernement sortant de Fredrik Reinfeldt, à la tête d’une coalition de centre droit en passe d’être reconduite, selon les sondages (LT du 15.09.2010).
Les réfugiés et les demandeurs d’asile des Balkans, du Moyen-Orient ou de Somalie ont eu droit à une aide sociale et à des cours de suédois.
«C’est après que les choses se sont compliquées, se souvient Mehdi, un Irakien de Stockholm. Je n’ai pas réussi à trouver du travail, parce que je suis musulman et que l’islam fait peur.» Les SD, en particulier, ne font pas mystère de leur hostilité à cette religion. Ils veulent interdire le port du voile au travail, renforcer le contrôle aux frontières, mais aussi faire sortir la Suède de l’Union européenne.
Les médias et la classe politique traditionnelle ont tergiversé avant de commencer à considérer les SD comme un interlocuteur fréquentable. Pour «ne pas leur donner un statut de martyrs», explique une journaliste. Mais la reconnaissance ne saurait aller trop loin:
tous les autres partis ont juré qu’ils ne collaboreraient pas avec les SD, même s’ils avaient besoin de leurs voix pour légiférer au parlement.
(voxfnredekker.canalblog.com)
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