lundi 18 mai 2009

DEOLS *** CHATEAU RAOUL *** CHATEAUROUX

















Ville de Déols

HISTOIRE de DEOLS
(Jeanne Régner)

(JPPS à Vendoeuvres,
près de
Chateauroux)



Des origines celtiques

Le nom lui-même Déols atteste l'extrême antiquité du lieu puisqu'on le fait à juste titre dériver du radical celtique " Dol ". Celui-ci s'est modifié en " Deu " puis en " Dieu " d'où l'appellation populaire de " Bourg-Dieu ". En effet, les Celtes et les Gaulois avaient reconnu les qualités de ce site assez bien défendu par le confluent de l'Indre et du ruisseau des Fontaines qu'on appelle aussi " Angolin " ou " Ringoire ", abondamment pourvu en eaux vives et entouré de forêts qui lui assuraient tranquillité, protection et une inépuisable réserve de gibier. On a d'ailleurs découvert des objets préhistoriques et des haches datant de 1600 avant J.-C.. Ensuite, on suppose que pendant le dernier millénaire avant J.-C. la vie des Gaulois était identique à celle dans les autres régions. En 52 avant J.-C., Déols fut probablement brûlé sous l'ordre de Vercingétorix comme Levroux et Issoudun. Puis, les Romains s'installèrent en maîtres et transformèrent cette vieille citée gauloise en une ville toute neuve. Déols était une ville résidentielle importante, située à l'écart des grandes artères mais y était reliée par des voies secondaires.

Un très vieux document nous apprend que l'actuelle rue du Pont-Perrin se nommait jadis " la Chaussée ", de cette appellation nous pouvons déduire une origine gallo-romaine certaine. Cette voie traversait l'Indre au " Pont-Perrin " (endroit ou apparaissent encore les anciennes piles), suivait le chemin de Belle-Isle (ou l'on a retrouvé en 1847 deux monnaies romaines dont la plus ancienne date du règne de Trajan) puis ce chemin passait à Fonts (ou des vestiges ont permis de situer une villa romaine), là, il se divisait en deux ; d'un côté vers Châtellerault et de l'autre vers Argenton. On pouvait aussi aller à Tours, Levroux, Issoudun et Ardentes par voie directe.

Les sarcophages des cryptes de l'église de Déols datent de l'époque gallo-romaine, mais auparavant, parlons des personnages auxquels ils ont servi de sépultures. Nous entrons alors dans les derniers siècles de l'ère chrétienne avec Léocade, la tradition nous a transmis son histoire ; à l'époque gallo-romaine, à la tête d'une région de la Gaule sub-ligérienne (c'est-à-dire sous la Loire) qui comprend la première Aquitaine et une partie de la Lyonnaise, un préconsul du nom de Léocade établit une de ses résidences à Déols, cité la plus importante de la région. Il se marie avec Suzanne sa cousine germaine, dont il eut deux fils Lusor (ou Ludre) et Caremusel, ainsi qu'une fille Valérie. A cette époque, Saint Ursin évangélisait le Berry et pour contenir tous les fidèles qui arrivaient, il fallait un grand temple, ce fut le Palais de Bourges que Léocade choisit. Il se distinguait par sa douceur et son humanité et fut baptisé avec Ludre des mains de l'évêque dans ce même temple. On dit que les deux femmes auraient été baptisées plus tard par Saint Martial qui évangélisait le Limousin, puis Valérie aurait subi le martyre. A ce moment, Léocade s'installa définitivement à Déols, puis quand il vieillit, il se fit construire un magnifique sarcophage. Saint Ursin ne pouvant plus suffir à sa tache fit appel à Ludre qui fut consacré par Saint Ursin, mais moins d'une semaine plus tard il meurt en ayant demandé d'être enterrer dans ce sarcophage. Léocade meurt peu après et ce jour là, il se passa des choses extraordinaires, il n'y eut pas de nuit et un aveugle recouvra la vue !

Léocade et Ludre furent mis au nombre des Saints. Par la suite, on rendit un culte à Saint Ludre et on venait de loin en pélerinage sur son tombeau. Lors des fêtes de Déols les mères de familles présentaient leurs enfants devant le tombeau en les faisant passer par une brèche qui se trouve à sa base, afin de les guérir de la fièvre, on râpait le marbre et on mêlait la poussière aux boissons.

La Légende de Denis Gaulois

Le Romain avait été l'occupant, l'envahisseur, le réformateur dont les volontés avaient été imposées. Les vieux Berrichons, celtes dans l'âme, gaulois dans les mœurs, se sentaient diminués d'avoir à avouer que leur premier chef était étranger et surtout de sentir qu'il leur avait été imposé par le conquérant. Cela ne cadrait pas avec leur sens de l'honneur, ils inventèrent un subterfuge qui est la Légende de Denis Gaulois, elle date sans doute du temps ou les Princes de Déols, jaloux de leur puissance et fières de leur primauté se bâtirent une généalogie qui les faisait descendre en ligne directe de Léocade : " en 218, la région de Déols qui comptait les cantons de Dieux et Roux appartenait à un certain Denis Gaulois (Dieux et Roux sont des inventions onasmatiques destinées à expliquer les étymologies des noms de Châteauroux et de Déols ou " Bourg-Dieu ") déjà chrétien et très pieux, Denis le Père avait fait bâtir une chapelle dédiée à la Vierge au centre de Déols et une autre un peu plus tard au sud nommé Saint Denis en Gaule (explication du Faubourg Saint Denis). Denis élevait dans ses cantons une immense quantité de bêtes féroces, des licornes sans corne, il leur faisait faire le labour de ses terres et il les montait comme des chevaux. Denis avait fait vœu de chasteté, il mesurait plus de 2 mètres et était regardé comme sage entre les sages, il ne voulait pas gâcher sa progéniture. A 110 ans, il occit à lui seul une troupe entière d'ennemis venus pour le piller ". Cette légende s'agrémente du mythe d'Héraclès : " à 111 ans à cause d'une grande famine, il se crut abandonné de Dieu, un voyageur lui dit : Dieu veut vous donner un successeur, il y a à Bourges un homme puissant qui ne demande pas mieux que de se convertir, il se nomme Léocadius. Denis alla chez son cousin Ursin et réussit à convaincre Léocade. "

Légende totalement fausse, si ce n'est que Saint Ursin et Léocade étaient effectivement contemporains. Il n'existe aucun écrit sur cette époque avant les œuvres de Grégoire de Tours qui vécut au moins trois siècles plus tard, et lui-même se contredit dans ses œuvres en les faisant vivre au premier puis au troisième siècle. Depuis seulement 50 ans, on opte pour le troisième siècle !

Les sarcophages

Celui de Saint Ludre est un des plus beaux et des plus complets de l'époque gallo-romaine et des mieux conservés. Il réunit à lui seul tous les différents types de chasses représentées habituellement sur ces monuments : sangliers, ours, cerfs, lions. Sur le couvercle on voit un départ de chasse, on peut voir Hercule et la biche du Mont Cerynée, Oléléagre et le sanglier de Calydon. Ceci n'est pas païen, car c'est la récompense céleste au courage (inspiration pythagoricienne et mazdrite).

La bataille de Déols

Au cours du cinquième siècle, l'empire romain était fort ébranlé en Gaule, les Francs au nord et à l'est, et les Wisigoths au sud l'avaient envahie, il n'y avait qu'au centre que la domination romaine se maintenait encore. L'Empereur d'Occident Procapus Anthénius voulut essayer de la raffermir et de conserver une partie de l'Aquitaine. Les Wisigoths ayant leur capitale à Toulouse, montent vers Bourges en 469. Ils concluent une alliance avec un chef breton, Riotham, mais avant que ses troupes n'arrivent, Euric, le Roi des Wisigoths attaque Déols, Riotham vaincu à Déols quitta ce royaume en 507 après la défaite d'Alaric (fils et successeur d'Euric). Avant d'entrer dans le domaine des Francs, Déols appartint à différents royaumes mérovingiens puis carolingiens.

Aux trois et quatrième siècles, parmi les descendants de Léocade, il y eut Ebbes le Noble mais cette descendance est assez complexe, il vécut au neuvième siècle et mit Déols au deuxième rang après Bourges. Ebbes le Noble portait le titre de baron, or ne pouvait prétendre à ce titre qu'un seigneur souverain sur son territoire. En 898, il partit en pèlerinage en Terre Sainte pour ne pas entrer dans la querelle qui divisa le royaume pendant la minorité du Roi Louis Le Bègue en 910. De retour en 917, il fonda l'abbaye avec sa femme Hildegarde. En 935, des Barbares (ou des Normands) firent une incursion dans le Berry, ils arrivèrent par la route venant d'Estrées (proche de Saint Genou). Ebbes le Noble fut nommé commandant des troupes chargées de défendre la région. Il batit les Barbares, une première fois à Châtillon, les poursuivit jusqu'à Loches, après de lourdes pertes, ceux-ci s'enfuirent jusqu'à Orléans, Ebbes le Noble les poursuivit de nouveau jusqu'à une importante bataille décisive ou blessé, il mourut puis fut inhumé à Orléans. Il recommanda à son fils Raoul Le Large ses pieuses fondations de Déols et Saint Gildas.

Raoul Le Large, libéral

Il épousa Duoda et mourut en 952, laissant un fils Raoul II surnommé " Le Chauve " ou " Le Grand ", abandonna le château dans Déols, en construisit un plus bas pour ne pas troubler les religieuses de Déols. Sur la rive gauche de l'Indre, il existait déjà un château fort nommé Château de Déols à l'emplacement actuel du Château Raoul. Château Raoul fut à l'origine du nom de Châteauroux avec l'arrivée des Déolois autour de celui-ci pour sa protection.

L'Abbaye de Déols

Elle fut fondée en 917 par Ebbes le Noble sous le vocable de Saint Pierre, Paul et Notre Dame. Elle fut confiée aux moines de Cluny, puis détruite par les Hongrois avant d'être reconstruite en 991 ou elle prit de l'importance. C'est ainsi qu'en 1162, le Roi d'Angleterre Henri II se retrouva à l'abbaye avec le Pape venu consacrer un hôtel, il se jeta au pied du Pape, refusa de s'asseoir à ses côtés et vint se placer par terre avec ses barons.

En 1211, le grand clocher de la croisée s'écroula et détruisit le chœur. Les dégâts furent à peine réparés que l'abbaye subit la Guerre de Cent Ans et les Guerres de Religions, elle fut incendiée par les Protestants.

L'abbaye fut sécularisée au profit du Prince de Condé en 1622 (elle se trouvait parmi les possessions du prince). Au milieu du dix-septième siècle la démolition fut largement commencée et jusqu'au début du dix-huitième siècle, elle servit de carrière. Peu avant 1830, ne subsistaient plus que le porche nord, les deux clochers occidentaux et la Chapelle de Notre Dame des Miracles. Ils furent adjugés à un entrepreneur des routes qui ne garda plus qu'un clocher utile à l'alignement de routes. On peut encore voir quelques vestiges : on reconnaît le clocher et quelques fragments du croisillon sud, une travée du bas côté nord de la nef, la crypte est en partie ensevelie sous la route nationale. On peut noter que l'Orphelinat de Déols (fondé en 1846) était établi dans l'enceinte du cloître.

La Chapelle de Notre Dame des Miracles

En 1187, alors que Français et Anglais préparaient la guerre, un soldat présent à Déols jeta une pierre vers la statue de la Vierge au-dessus du parvis de l'église à la porte nord, un flot de sang jaillit alors de la vierge mutilée et le soldat s'effondra sur le sol. Après ce miracle, la statue fut transportée par les moines à l'intérieur de l'abbatiale, mais elle ne dut pas y demeurer longtemps ! Vincent de Beauvais qui écrivait vers 1244, rapporte dans " Speculum Historial " que lorsqu'il la vit, elle était placée sur une colonne ou plus exactement sur un arc boutant à l'extérieur de l'église. L'arc boutant fut emprisonné dans une chapelle haute élevée au-dessus de la porte nord pour commémorer le miracle. Cette chapelle est désignée nommément dans un acte de 1313, mais il est certain qu'elle existait au temps de Vincent de Beauvais car on ne conçoit pas sans cela que l'on ait placé la précieuse statue si haute au-dessus de la terre en l'exposant à toutes les intempéries.

Avec la Guerre de Cent Ans, l'abbaye connut une longue suite de malheurs dont la Sainte Chapelle subit les répercussions, elle fut reconstruite en 1485. Cette seconde chapelle subsista jusqu'au premier quart du dix-neuvième siècle. Description faite par l'abbé Dubauchat, curé de Déols : " édifiée en partie sur un vaste porche voûté de croisées d'ogives et en partie au-dessus des deuxième et troisième travées du bas côté de l'abbatiale. On y accédait par un grand escalier de 46 marches à deux paliers mesurant 23 mètres de long et 12 mètres de large, elle était assez vaste pour que l'on put y faire procession. Son architecture était légère et élégante comportant six colonnes cannelées soutenant la voûte et le prolongement de ses cannelures formait le boudin des ogives, les voûtes étaient peintes, les fresques de couleurs très vives et sur chacunes de leurs clés brillaient les armoiries des seigneurs fondateurs de ce pieu monument. Les murs étaient recouverts de riches tapisseries ou était représenté " le Miracle de Notre Dame de Déols ", au-dessus de l'hôtel était la statue de la Vierge et un dais en bois sculpté portait cette inscription " Veritatis in me omnis sper irtoe et virtutis ". De l'autre côté un reliquaire renfermait du sang miraculeux placé au-dessus de petits tableaux retraçant le prodige de 1187. Suspendu à la voûte " un Vaisseau de Mer " rappelait un vœu que François de la Tour Landry, Seigneur de Châteauroux avait fait en 1531 à Notre Dame de Déols lors d'une traversée difficile. Une petite sacristie était au-dessus de la première travée de l'abbatiale ".

Le peuple faisait une grande procession en cette chapelle, pour les fêtes de la Sainte Vierge, et plus particulièrement le jour anniversaire du miracle. Ce jour-là, un diacre descendait lire l'Evangile dehors à l'endroit ou le soldat impie était mort sous la justice divine. Notre Dame de Déols était réputée pour le secours qu'elle apportait aux villes décimées par les épidémies (Levroux, Vatan). Le Prince de Condé n'a plus toucher au sanctuaire toujours vénéré de Notre Dame des Miracles (1622).

La Sainte Chapelle dévastée en 1793 pendant la Terreur resta aux mains du gouvernement. Sous la Restauration, on espéra obtenir la concession gratuite de cet édifice pour le rendre au culte de la Sainte Vierge. L'abbé Dubauchat avait ouvert une souscription pour la réparer, mais un arrêté préfectoral la fit évacuer. Après adjudication en 1830 au profit d'un entrepreneur de routes, celui-ci se hâta de la démolir pour répandre les pierres sur les grands chemins aux alentours de la ville.

Sort de l'image miraculeuse

Outragée pendant les Guerres de Religions, elle n'échappa pas à la destruction ; les Révolutionnaires de 1793 trouvèrent une statue du quinzième siècle qu'ils abatirent et précipitèrent du haut des 46 marches. La tête et les bras de la Vierge furent brisés avec le corps de l'Enfant Jésus. Ainsi mutilée, elle fut recueillie pendant la nuit par plusieurs habitants et transportée dans la grange d'un ancien manoir des Seigneurs de Baisé à Déols. La paix religieuse revenue, le précieux dépôt fut restitué par Marie Fadot et transporté à l'Eglise Saint Etienne. Après une restauration grossière de la statue en y adaptant deux têtes en plâtre à peine ébauchées et un peu disproportionnées, mais seules visibles car le corps de la statue était cachée par des robes et de l'étoffe riche. En 1896, restauration plus digne : décoration de Raphaël Bodin et sculpture de Girault Dupin. Une reconstitution fut demandée par l'Abbé Périnet de Déols en vue du couronnement de la Vierge en 1898 par Monseigneur Servonet, archevêque de Bourges. Après avoir béni les couronnes, il les plaça sur le front de la Vierge et de l'Enfant Jésus qui furent ensuite portés en procession autour de la ville.


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