L'AFFAIRE AL DURA
Al Dura: un miroir sur notre société
L’affaire Al Dura révèle une triste
réalité en ce qui concerne l’état de la société française et de notre
relation à l’information.
La dureté et l’acharnement auxquels ont été
soumis, et continuent à l’être, ceux qui ont questionné la version
officielle des faits, symbolisent une plaie vis-à-vis de la santé
démocratique française.
Il est souvent affirmé que le
journalisme en temps de guerre est l’une des professions les plus
compliquées qui soient. Atteindre la vérité sur le champ de bataille
reste une des missions les plus dures avec lesquelles un commentateur
puisse se mesurer. Si cela est vrai, ces multiples difficultés ne sont
pas suffisantes pour justifier la manipulation de l’image et le
détournement de la vérité à des fins politiques ou éditoriales.
Les évènements qui ont eu lieu le 30
septembre 2000 à Gaza représentent un mélange parfait pour prouver à
quel point il est quasiment impossible de demander un regard objectif
sur la situation en Israël.
L’utilisation d’un discours
journalistique se basant sur des mensonges a consenti à bâtir un mythe
autour d’une scène qui ne devrait pas en évoquer un. Un monde arabe et
musulman en quête de martyrs a été servi par un journalisme français ne
vérifiant ni ses sources ni ses intervenants.
Si ces faits sont désormais bien connus
et la personne de Charles Enderlin est clairement remise en cause pour
son manque d’éthique professionnelle, les dégâts sont déjà faits. Daniel
Pearl a été barbarement tué avec les images transmises par France 2 en
arrière-plan alors que le terroriste Mohammed Merah a utilisé la version
officielle des évènements comme une des justifications de son massacre.
Alors que le gouvernement israélien a
rendu publique son analyse de ce qui s’est passé il y a bientôt 13 ans,
une question doit être posée : quel impact ce rapport aura-t-il sur la
manière dont la classe dirigeante française, aussi bien politique que
publique, considèrera l’affaire Al Dura ?
S’il est vrai que ce document confirmera
la critique émise en première ligne par Philippe Karsenty ainsi que par
Nahum Shahaf, Gérard Hubert et Stéphane Juffa, il est d’autant plus
probable qu’il ne soit pas reconnu comme preuve valable dans le débat
qui a lieu en France. Cela pour une raison très simple : le gouvernement
français ainsi qu’un large tissu associatif pro-palestinien ne
considèrent pas qu’une vision objective venant d’Israël soit possible
et/ou souhaitable.
La société française de manière générale, influencée par un discours destructeur venant de ses plus grands média, a perdu la capacité d’entendre et de comprendre un message relié au conflit qui ne soit pas purement et intrinsèquement pro-palestinien.
Le deuxième point est plus problématique.
Pourquoi ne pas vouloir voir la vérité
en ce qui concerne l’affaire Al Dura? Pourquoi cela fait-il plus de dix
ans que l’on accepte de manière plus ou moins implicite un mensonge ?
Cette situation est le résultat d’une triste réalité : le procès
opposant France 2 à Philippe Karsenty devrait être perçu comme la pointe
d’un iceberg, où il est nécessaire de comprendre que le message
médiatique français vis-à-vis d’Israël et les territoires est
fondamentalement biaisé et orienté politiquement. Une déclaration
officielle israélienne suivie d’une approbation de la part du
gouvernement français reviendrait à remettre en cause de manière
substantielle la manière de laquelle le conflit est présenté dans les
média nationaux.
A quoi devons-nous donc nous attendre ?
Au-delà verdict du 26 juin, l’effort pour une information de qualité en
ce qui concerne Israël doit être poursuivi.
Une opinion publique encore trop
influencée par un discours pro-palestinien et une éducation imprécise et
souvent fausse sur le conflit ne peut que difficilement se rendre
compte de l’envergure de la manipulation médiatique à son égard.
L’affaire Al Dura est donc un miroir sur notre société.
Il nous est possible de voir
l’acharnement de certains groupes d’intérêts contre tout individu venant
remettre en cause leur discours.
Il nous est possible d’apprécier à quel point l’irrationalité et la subjectivité prennent le dessus lorsqu’il s’agit d’Israël.
Il nous est enfin possible de comprendre
quelle est la position réelle du gouvernement. Un gouvernement qui
refuse de s’impliquer dans les enquêtes israéliennes ou de commenter ces
enquêtes, mêmes concernant l’un des faits les plus marquants du
journalisme national du début du 21ème siècle.
Le mois de juin est essentiel car il
détermine légalement le résultat de cette affaire. Le « day after » sera
aussi important que le jugement en soit et aussi déterminant que les
preuves israéliennes fournies.
La manière par laquelle la
société, le gouvernement et les cercles intellectuels de la métropole
réagiront sera utile pour voir encore une fois à quel point Al Dura est
le miroir d’un pays qui a du mal à voir la vérité lorsqu’il est
confronté à la réalité israélienne.
Quand dénoncer un mensonge devient un
acte de « propagande sioniste » et se battre pour que le journalisme
reste une profession impartiale revient à se mettre personnellement en
première ligne, alors de graves interrogations vis-à-vis de notre
société doivent être soulevées.
© Riccardo Dugulin www.riccardodugulin.com
Riccardo Dugulin a un Master de la
Paris School of International Affairs (Sciences Po Paris) en Sécurité
internationale. Il travaille comme manager de projet sécurité pour une
compagnie d’assistance médicale à Paris. Il a travaillé pour de nombreux
centres de recherche à Washington DC, Dubai et Beirut.
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