L'inconnu de Norvège
La dignité du peuple norvégien, de son gouvernement, de la famille royale.
L'impressionnante minute de silence respectée par tout un pays.
Les 78 victimes au moins d'Anders Behring Breivik (ABB) et l'incarcération maintenue de celui-ci, décidée dans une audience à huis clos coupant court à son obscène désir de publicité (France 3).
Ses aveux avec le paradoxe insoutenable de sa déclaration de non culpabilité parce qu'il aurait agi pour le bien de sa patrie.
Depuis l'automne 2009 apparemment, ABB préparait ces monstruosités perpétrées le 22 juillet.
Fondamentaliste chrétien, populiste, d'extrême droite, contre l'islamisme et le multiculturalisme, tueur en série : autant de mots, de concepts et d'étiquettes pour tenter d'y voir clair, de déchiffrer l'horreur et de comprendre l'incompréhensible.
Rien n'est plus insupportable pour la famille humaine, devant un tel crime de masse, que de devoir avouer qu'il y a des comportements qui échappent à l'entendement ; qu'il y a des paroxysmes dans la détermination, la sauvagerie et la cruauté qui demeurent, à l'instant même de leur surgissement, une énigme absolue, un angoissant mystère.
Alors, on essaie ici ou là - et on trouvera toujours des spécialistes patentés pour cela - de reconstituer le terreau intellectuel, idéologique, existentiel qui a suscité, comme une conséquence nécessaire croit-on, les massacres commis par ce célibataire de 32 ans sur le visage duquel, évidemment, rien ne permettait de lire les désastres rêvés et réalisés.
Il faut admettre qu'ABB, dans le survol forcément rapide qui a été fait de son être et de son histoire, offrait dans leur plénitude les charges positives et négatives qui étaient les plus à même de mobiliser les répulsions politiques aujourd'hui dominantes : pour le populisme, pour l'extrême droite, pour le fondamentalisme de surcroît chrétien, contre l'islamisme, contre le multiculturalisme !
Le tableau était complet pour qu'on puisse se donner l'illusion que ces identités fragmentaires étaient de nature à composer un personnage voué presque inéluctablement à ce pire pourtant, au sens propre, inimaginable.
Cependant ABB, pour qui ne s'abandonne pas à une conception mécaniciste de l'humain, est bien plus que le socle sur lequel il a pu s'appuyer ; il résiste, par ses obscurités insondables, à la grille d'analyse qu'on prétend lui appliquer.
A un certain moment, sa liberté et sa folie intimes, devenues impérieuses, ont brisé l'ordinaire de ses jours et de ses obsessions pour éclater en des crimes qui renvoient d'abord à une interrogation sur ce qui a fait passer un univers solitaire, virtuel et abstrait à une apocalypse concrète et froidement perpétrée.
En ce sens, j'approuve le ministre Thierry Mariani dénonçant la volonté du MRAP de s'en tenir au populisme et à l'extrême droite pour élucider la tragédie norvégienne. Ils n'expliquent rien puisque manque la clé essentielle, qui réside dans ABB lui-même : pourquoi s'est-il dégagé du chemin balisé d'idées et de détestations sans risque pour aborder un territoire de sang, de destruction et de mort ? pourquoi s'est-il quitté pour tuer autrui, dans une haine globale dépassant de très loin le champ de ses préoccupations partisanes ? pourquoi est-ce cette singularité-là, et pas une autre lestée des mêmes bagages, qui a mis en branle ce processus épouvantable ?
Le narcissisme incontestable ne répond pas en détail à ces lancinantes et capitales questions.
L'inconnu de Norvège est là : dans ce mystère indéracinable, dans cette certitude qu'il est le seul, parce qu'il a franchi la frontière les yeux ouverts, à tout savoir de lui-même.
S'indigner des crimes, pleurer avec la Norvège, c'est à notre portée.
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