lundi 11 mai 2009

MAIS OU SONT DONC ENTERRES LES MAIRES DE PARIS ?
















































MAIS OU SONT DONC ENTERRES LES ANCIENS MAIRES DE PARIS ?


Bertrand Delanoé est le 12ème Maire de Paris.

Comment sont morts, et où sont enterrés les neuf premiers Maires de la capitale : c'est le sujet de cette enquête.

Il s'agit en effet d'une enquête ; car ce n'est pas sans rencontrer d'importantes difficultés, que j'ai pu retrouver la trace de certains d'entre eux, dont la plupart des parisiens ignorent même le nom...

C'est au 1er Maire de Paris, Jean‑Sylvain BAILLY (1736‑1793), qui fut Maire du 15 juillet 1789 au 18 novembre 1791, c'est à dire 2 ans et 4 mois, que fut réservée la mort la plus cruelle.

L'astronome parisien BAILLY succédait à Jacques de FLESSELLES ‑assassiné‑ qui fut le dernier PREVOT DES MARCHANDS.
En 1793, il prit sa retraite de la politique, et décida de se retirer à Melun, chez son confrère le Marquis Pierre‑Simon de LAPLACE.

A peine arrivé dans cette ville, il est reconnu par la populace, qui le traîne à la Mairie, puis le ramène à Paris, où il est emprisonné à La Force, puis à la Conciergerie.

Il est contraint de témoigner au procès de la Reine MARIE‑ANTOINETTE, puis, quelques semaines plus tard, a lieu son propre procès devant le Tribunal révolutionnaire, au cours duquel il est condamné à mort.

Le 12 novembre 1793, il est conduit au Champs de Mars pour y être décapité. Il fait froid et il pleut à verse. Certaines "tricoteuses" font valoir qu'il n'est pas digne d'être exécuté sur la "terre sacrée" du Champ de Mars : on démonte la guillotine et on la remonte dans une fosse remplie de détritus, située à l’angle de l’emplacement actuel du Quai d’Orsay et de l’Avenue de La Bourdonnais.

Pendant tout ce temps, la foule l'injuriait, lui crachait au visage, le frappait et le couvrait de boue. On brûla un drapeau rouge, que l'on agita tout allumé devant son visage.

Il fut enfin exécuté et son corps fut transporté au Cimetière de LA MADELEINE, qui était situé à l'angle de la rue d'Anjou et du Fb. St‑Honoré (La Chapelle Expiatoire se trouve aujourd'hui sur son ancien emplacement).

Les ossements du Cimetière de La Madeleine, comme ceux d'autres anciens cimetières parisiens furent transportés, dans un premier temps, à L’OSSUAIRE DE L'OUEST (emplacement aujourd'hui du Lycée Buffon, Bd. Pasteur) puis, en 1857 aux CATACOMBES, où ils se trouvent à ce jour.

Son successeur, l'avocat Chartrois Jérome PETION de VILLENEUVE (1756‑1794), qui fut Maire de Paris du 18 novembre 1791 au 15 octobre 1792, c'est à dire 11 mois, mourut également de mort violente.

Celui qui avait ramené le Roi Louis XVI de Varenne‑en‑Argonne, "aux arrêts" à son domicile, devait, en juin 1793 prendre la fuite et se réfugier à Bordeaux, puis avec cinq autres "proscrits" girondins, à St‑Emilion.

Craignant d'être arrêté, il se suicida le 18 juin 1794 (ainsi que le Député François BUZOT dans un champ de seigle ‑ dit le "champ des émigrés", situé sur la route départementale 936, entre St‑EMILION et CASTILLON (Commune de St‑Magne de Castillon).
On retrouva leurs corps à moitié dévorés par des loups (ou des dogues) ; ils furent enterrés dans ce champ.

Un monument élevé de l'autre côté de cette route départementale rappelle cet événement.

Le 3ème Maire de Paris, le médecin Champenois Nicolas CHAMBON de MONTAUX (1748-1826), mourut dans son lit !

Il fut Maire de Paris du 8 décembre 1792 au 2 février 1793, c'est à dire moins de deux mois.
Médecin à la Salpétrière, il était assez mal vu par la Faculté, car il préconisait la "variolisation" ‑ plutôt que la vaccination, contre la variole.

"Renvoyé" de la Salpétrière, il ouvrit un cabinet à Blois ‑où il n'eut pas davantage de succès.

En 1804, il rentre à Paris où il vécut dans la misère jusqu'en 1814, date à laquelle il réussit à obtenir une pension de la Duchesse d'Angoulème (fille de Louis XVIII) qui améliorera, un temps, sa situation.

Il tomba gravement malade en 1826 et mourut le 2 novembre de cette année, à son domicile du 89, rue du Bac, alors qu'il rédigeait un mémoire ‑ non terminé ‑ sur "la meilleure manière d'inoculer la petite vérole".

Il fut enterré par sa femme, née Augustine BATESTE (inventeur des chauffrettes à l'eau bouillante, appelées "augustines"), au Cimetière du Montparnasse.

Sans descendance, sa tombe fut laissée à l'abandon.

S'étant complètement détériorée, elle fit l'objet d'une procédure de reprise, en 1953, et ses ossements furent transférés à l’OSSUAIRE du PERE‑LACHAISE, où ils se trouvent à ce jour.
L'Ossuaire n'est pas ouvert au public.

Grand commis de l’Etat, le champenois Jean‑Nicolas PACHE (1746‑1826), succède à CHAMBON, et devient le 4ème Maire de Paris.

Il exercera ses fonctions édilitaires du 14 février 1793 au 10 mai 1794, c'est à dire un an et trois mois ‑ et cela, sous la terreur.

C'est lui qui fit graver ou peindre, sur les monuments
publics : Liberté, Egalité, Fraternité.

Arrêté le 10 mai 1794, il resta un an et demi à la Prison du Luxembourg.

A sa libération, il retourna à Thin‑le‑Moutier, près de Charleville,
où il était né et où il avait acheté une propriété (l’ancien Prieuré), devenue la Ferme Pache.

Il passa sa retraite à dresser le cadastre de sa Commune et à former des jeunes gens à la profession de Géomètre du cadastre.

Il mourut de pleurésie à Thin‑le‑Moutier, le 18 novembre 1823,
alors âgé de 79 ans et fut enterré dans l'ancien cimetière de cette commune.

L'architecte (d'origine Belge), Jean‑Baptiste FLEURIOT‑LESCOT (1761‑1794) fut moins chanceux que son prédécesseur...

Il fut Maire de Paris du 10 mai 1794 au 17 juillet 1794, c'est à dire deux mois et une semaine.

Substitut de l'Accusateur public, près le Tribunal Révolutionnaire,
il essaya de sauver ROBESPIERRE.

Bien mal lui en pris, car il fut arrêté et guillotiné en même temps que lui, le 28 juillet 1794.

Tous les deux furent enterrés au Cimetière des ERRANCIS ou cimetière des Mousseaux qui se trouvait près du mur d'enceinte du Parc Monceau, et où furent enterrés 1119 victimes de la guillotine (dont Charlotte Corday).

En 1797, ce cimetière fut fermé et les ossements furent transportés à l'ossuaire de l’Ouest, puis aux Catacombes.

(Rappelons que le cimetière des ERRANCIS, celui de PICPUS,
et de La MADELEINE, furent les trois "dépots" de la guillotine).

Pendant un demi siècle, de 1794 à 1848, il n'y eut pas de MAIRE de PARIS.

Le "Pouvoir central" estimait la capitale trop turbulante et ne tenait pas à renforcer le pouvoir de ses Ediles...

FLEURIOT‑LESCOT et la 1ère COMMUNE DE PARIS du 10 août 1792 avaient largement contribué à identifier la municipalité avec la "Terreur blanche".

La Révolution de 1848 qui mit fin au règne de Louis‑Philippe I, ouvrit la voie à une 2ème REPUBLIQUE, dont le Gouvernement Provisoire nomma le courtier de commerce Marseillais, Louis‑Antoine GARNIER‑PAGES (1803‑1878), Maire de Paris.

Il ne fut Maire qu'une semaine, du 24 février au 5 mars 1848 : le banquier Michel GOUDCHAUX ayant démissionné de son poste de Ministre des Finances, GARNIER‑PAGES, le seul "économiste" du Gouvernement, fit la grave erreur de "se dévouer" et d'accepter cette charge qu'il conserva jusqu'en mai 1848.

Après une "traversée du désert" de 22 ans, il est à nouveau Ministre (sans portefeuille) dans le Gouvernement Provisoire de la 3ème République,
dit « de la Défense Nationale ».

Au cours de la JOURNEE DU 31 OCTOBRE 1870 ‑véritable tentative manquée d'instauration de la COMMUNE DE PARIS, de 1871, il est pris en otage, dans l'Hôtel de Ville, avec les autres membres du Gouvernement TROCHU, par les futurs communards, Auguste BLANQUI, Jean‑Baptiste MILLIERE, Gustave FLOURENS et Charles DELESCLUZE.

Déjà agé de 67 ans, il sera traumatisé par cette expérience, au cours de laquelle il fut agressé verbalement et physiquement par JB MILLIERE, et se retirera définitivement de la politique, après le siège de Paris.

Il occupera les sept dernières années de sa vie à écrire une "Histoire de la Révolution de 1848", dans sa propriété du Cannet, dans les Alpes maritimes.

Il reviendra à Paris, quelques mois avant sa mort, et s'éteindra le 31 octobre 1878 dans son appartement du 45 rue St‑Roch.

Il est enterré au cimetière du Père‑Lachaise, avec son frère Etienne‑Joseph GARNIER-PAGES, député Républicain, décédé en 1841.

Le publiciste gascon (Directeur du « NATIONAL »), Armand MARRAST succéda à GARNIER-PAGES, et devient le 7ème MAIRE de PARIS.

Il exerça ces fonctions du 9 mars 1848 au 19 juillet 1848, c'est à dire un peu plus de quatre mois.

Il deviendra ensuite Rapporteur de la Constitution de 1848, et Président de l'Assemblée Nationale : c'est lui qui fit prêter serment au Prince‑Président, le 20 décembre 1850.
Ce fut son dernier acte politique.
Il prit sa retraite dans son appartement du 54, rue ND de Lorette,
où il habita avec sa mère, jusqu'à sa mort (problèmes cardiaques),
qui survint le 12 avril 1852.
Il est enterré au cimetière de Montmartre.
Après l'INSURRECTION de JUIN 1848, qui amena au pouvoir
le Général CAVAIGNAC (nommé Chef du Pouvoir Exécutif par l'Assemblée Nationale), la capitale fut à nouveau privée de Maire, pendant 22 ans.

Le Gouvernement de la Défense Nationale nomma, le 4 septembre 1870, le littérateur (1802‑1892) Roussillonnais Etienne‑Vincent ARAGO (frère de François ARAGO), Maire de Paris.

Il fut Maire du 4 septembre 1870 au 15 novembre 1870, c'est à dire environ deux mois et demi.

Directeur des Postes en 1848, il s'était exilé à l'étranger pendant la plus grande partie du règne de Napoléon III.

Il est élu Député en 1871, et le restera pendant quinze ans.

En 1886, il quitte la vie politique et devient Conservateur du Musée du Luxembourg (créé en 1750 par Jean‑Sylvain BAILLY, dans la Gallerie Medicis du Palais du Luxembourg ‑ aujourd'hui au 17, rue de Vaugirard).

Il mourut, d'une pneumonie, le 6 mars 1892, à son domicile parisien du 64, bd. St‑Michel.

Il est enterré, avec sa nièce Lucie Laugier‑Mathieu, au cimetière du Montparnasse.

L'Avocat vosgien Jules FERRY (1832‑1893), lui succède et devient le 9ème Maire de Paris.

Il exercera ces fonctions du 15 novembre 1870 au 5 juin 1871, c'est à dire sept mois et demi.

Il fut successivement Ministre de l'Instruction publique, Président du Conseil et Ministre des Affaires Etrangères.

Le 10 décembre 1887, il est victime d'un attentat : un certain Aubertin lui tire deux balles dans la poitrine, provoquant une maladie de coeur dont il mourra six ans plus tard.

Le 20 février 1893, il est élu Président du Sénat, mais il meurt, moins d'un mois plus tard, le 17 mars 1893, dans son Hôtel particulier parisien du 1, rue Bayard.

Sa dépouille mortelle est rapatriée vers St‑Dié, sa ville natale, où il est enterré au cimetière de la Côte Calot.

La (2ème) COMMUNE de PARIS, de 1871, porta un coup fatal à l'édilité parisienne.

La gestion de la ville fut confiée, à partir de la 3ème République, à un Conseil Municipal, "chapoté" par le PREFET DE LA SEINE (nommé, bien sûr, par le Gouvernement), et cela, pendant plus d'un siècle (106 ans), lorsque, en application de la Loi du 31 décembre 1975, Jacques CHIRAC, devint, le 25 mars 1977, le 10ème Maire de Paris.



Jean-Pierre Pagès-Schweitzer
Président de l’Amicale des Anciens Ediles parisiens (A.D.A.E.P)

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